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Dans l'indice TACO que vous proposez, au-dessus de 70, il ne s'agit pas simplement d'un excès, mais plutôt d'une zone où le marché commence à anticiper une intervention politique, un ralentissement de l'action de Trump à la Maison Blanche, ou une réaction technique après les points bas. Entre 60 et 70, la pression est forte ; en dessous de 60, le calme règne. Ainsi interprété, cet indice n'indique pas un pic, mais un retournement potentiel, conformément à la stratégie dite « TACO », qui décrit la tendance des investisseurs à intégrer un recul de Trump dans leurs calculs lorsque la pression du marché devient trop forte.
Or, l'actualité récente a parfaitement illustré cette dynamique. Le 26 mars, Trump a annoncé une suspension de dix jours des attaques contre les installations énergétiques iraniennes, jusqu'au lundi 6 avril 2026 à 20h00 (heure de l'Est), affirmant que les négociations se déroulaient « très bien ». Dans le même temps, l'Iran a qualifié la proposition américaine d'« unilatérale et injuste », tandis que sur le terrain, le conflit continue de perturber le transport maritime, les bases militaires et les flux énergétiques dans la région. Aujourd'hui, 28 mars, Reuters rapporte également que le conflit est entré dans sa cinquième semaine, que les Houthis ont étendu leur front avec les premiers tirs contre Israël et que Washington a renforcé sa présence militaire afin de maintenir sa flexibilité opérationnelle.
Les conditions iraniennes confirment également que les prétendues « ouvertures » doivent être interprétées avec une extrême prudence. Selon un reportage de Press TV repris par le Wall Street Journal, Téhéran exige un arrêt complet des attaques, des garanties de non-reprise des hostilités, des réparations, la fin des combats sur tous les fronts régionaux et la reconnaissance de son autorité sur le détroit d'Ormuz. Parallèlement, le G7 a appelé à la réouverture immédiate et permanente du détroit. Autrement dit, les signaux diplomatiques sont là, mais nous sommes encore loin d'une véritable normalisation géopolitique.
La réaction des marchés a été brutale et sans équivoque, notamment pour le pétrole. Le 23 mars, suite au premier report des frappes américaines, le prix du brut a chuté d'environ 11 % : le Brent à 99,94 dollars et le WTI à 88,13 dollars, après une chute intraday de près de 15 %, avant de se redresser partiellement lorsque l'Iran a nié toute négociation sincère et que les attaques ont repris. Ce fut l'illustration parfaite du scénario TACO : dès que le marché a perçu une désescalade, il s'est débarrassé de son précieux butin de guerre.
L'or, valeur refuge par excellence, a évolué à l'inverse du scénario classique durant cette même période : le 23 mars, il a chuté de 1,8 % à 4 407 $, après avoir perdu plus de 8 % en séance. Ceci nous apprend quelque chose d'important : dans cette phase, l'or ne réagit pas seulement au risque géopolitique, mais aussi à la crise financière que le marché commence à anticiper, dans un contexte de dollar fort et de craintes de hausse des taux d'intérêt. Dès que Trump a évoqué la possibilité de négociations, le marché a perçu moins de nécessité de couverture immédiate et davantage de risque d'inflation persistante via l'énergie.
Puis vint la seconde lecture, plus intéressante. Une fois que le marché eut compris que les ouvertures ne suffisaient pas à rouvrir véritablement le canal d'Ormuz ni à écarter le risque d'escalade, le pétrole recommença à grimper. Reuters rapporte que le Brent a progressé de plus de 50 % depuis le début du conflit, dépassant brièvement les 119 dollars, et, selon les scénarios élaborés par un sondage Reuters, pourrait atteindre les 200 dollars si l'île de Kharg, plaque tournante d'environ 90 % des exportations de pétrole iranien, était touchée. Trump envisagerait également l'option d'un déploiement de troupes au sol sur l'île de Kharg, un détail qui, à lui seul, justifie une prime de risque élevée.
L'or, quant à lui, a donné un signal plus sombre, mais peut-être encore plus révélateur. Le 26 mars, il a de nouveau chuté de 2,7 %, pénalisé par la faiblesse du dollar et la hausse des prix du pétrole. Le 27 mars, cependant, il a rebondi de plus de 3 %, revenant aux alentours de 4 492 dollars, les investisseurs continuant de suivre de près la situation au Moyen-Orient et de profiter de la baisse après la correction. En résumé, le cours du pétrole brut (XAU) a d'abord intégré la baisse des taux et la réévaluation des prix, puis a amorcé une reprise lorsque le marché a pris conscience que les risques géopolitiques et les effets néfastes de l'inflation étaient loin d'être écartés.
C'est là que réside le véritable message du marché. Aujourd'hui, le prix du pétrole n'intègre pas la paix ; il intègre les contraintes logistiques. Tant qu'Ormuz demeure la plaque tournante, chaque annonce diplomatique déclenche une première vague de ventes. Cependant, si les navires, les assurances, les flux et les menaces persistent, les acheteurs reviennent. Reuters l'a bien résumé : le marché du pétrole brut continue d'intégrer partiellement une réouverture relativement rapide du détroit, mais cet espoir même d'une « solution transitoire » risque paradoxalement de réduire l'urgence politique d'une véritable désescalade.
L'or, en revanche, commence à révéler les craintes du marché au-delà de la guerre elle-même. Selon moi, l'or ne cherche pas nécessairement à relancer le marché après la fin officielle du conflit. Il tente plutôt de déterminer si les dommages les plus importants seront immédiats et militaires, ou plus tardifs et macroéconomiques : inflation énergétique, durcissement de la politique monétaire des banques centrales, crise de confiance dans le discours diplomatique et risque de stagflation. Si le marché anticipe que l'inflation et l'incertitude politique persisteront après le cessez-le-feu, alors le cours de l'or pourrait commencer à se stabiliser avant la fin de la guerre, et non après. Il s'agit d'une hypothèse, mais elle concorde avec le fait que le rebond du 27 mars s'est produit alors que le conflit faisait encore rage et que les inquiétudes concernant les taux d'intérêt restaient vives.
Le nouveau rapport de l'Agence internationale de l'énergie, « Se protéger des chocs pétroliers », publié le 20 mars 2026, joue également un rôle important dans ce contexte. L'AIE ne s'est pas contentée de commenter les prix : elle a présenté dix mesures d'urgence visant à réduire rapidement la consommation de pétrole et à atténuer l'impact sur le coût de la vie, allant du télétravail à la réduction des limitations de vitesse, du renforcement des transports publics au covoiturage, de la suppression des vols non essentiels à l'amélioration de la logistique et de l'efficacité industrielle. Le simple fait que l'agence ait formulé ce type de recommandations témoigne de la gravité avec laquelle ce choc est perçu, et non comme une simple hypothèse.
En résumé, l'indice TACO est utile aujourd'hui précisément parce qu'il ne vise pas le sommet : il repère le point de convergence entre les pressions du marché et les pressions politiques. Au-delà de certains seuils, le marché ne dit pas « c'est fini », mais plutôt « une intervention pourrait être nécessaire ». Pour l'instant, cependant, le pétrole nous indique que la guerre est loin d'être terminée, car le cœur du problème demeure le blocus d'Ormuz. L'or, quant à lui, nous révèle quelque chose de plus subtil : la guerre pourrait se conclure par une chute des cours boursiers, mais ses effets sur l'inflation, les taux et la confiance pourraient perdurer bien plus longtemps. Et c'est précisément là que le marché commence déjà à porter son attention.
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